Free mobile, petite analyse
Oui, tout le monde parle de freemobile depuis plus d’une semaine et chaque jour apporte son lot de rebondissements avec huissiers et coups bas de la part des autres opérateurs. Nous avons pensé qu’il serait bon d’évoquer un peu plus en détail la stratégie de Free, de voir comment l’opérateur a pu baisser significativement les prix, et d’étudier la reaction de la concurrence.
Au commencement
Si l’on veut bien comprendre freemobile, il serait bien de s’intéresser à Free en lui même, ou plutôt, au groupe Iliad. A l’origine de ce groupe, Xavier Niel, un peu le Steve Jobs français de ces dernières semaines, serial entrepreneur à la recherche permanente d’innovations. En 1999, Niel se lance sur le marché de l’internet haut débit en proposant la première offre internet Adsl non « tout mobile » et plus tard, en apportant la box dans la maison de l’utilisateur. A cette époque, deux moyens existaient pour l’internet : la 3G (mobile) et le cuivre/fibre optique. Alors que les différents FAI misaient sur la mobilité, Free prit le parti de compter sur une offre complètement filaire à un prix défiant toute concurrence. Finalement l’offre explosa, et tous les concurrents s’alignèrent avec la technologie et les nouveaux prix pratiqués par Free.
FreeMobile
Comment Free peut-il pratiquer des prix aussi bas ? Pourquoi les abonnés ont-ils droit à une remise ?
Coûts fixes contre coûts variables
Comme vous le savez, Free a été obligé, par l’ARCEP, de couvrir 27 % du territoire avant de pouvoir proposer son offre. 27 % ? C’est peu me direz-vous, mais apparemment suffisant pour l’ARCEP. Le reste de la couverture se fait sur le réseau Orange. C’est là qu’est toute la différence avec les autres opérateurs téléphoniques (hors MVNO), Free n’a pas eu besoin de déployer une énorme architecture. Il se base donc sur le réseau Orange pour que ses utilisateurs puissent téléphoner. Le montant du contrat est de quelques milliards d’euros, pas une si mauvaise affaire pour Orange finalement qui touche cet argent sans rien faire.
Pour en revenir aux coûts : Free paye Orange en fonction de l’utilisation de son réseau. Pas d’amortissement de ses structures, pas de maintenance sur celles-ci non plus : le rêve. C’est-à-dire que Free sait exactement combien lui coûte une minute de communication, il est alors facile de savoir à quel prix vendre.
Réseaux WiFi
Free apporte tout de même une innovation importante dans la téléphonie : le fait que les communications passent par le WiFi. Si vous vous trouvez dans une zone freewifi (c’est à dire quasiment partout dans les grandes villes, on compte 4 millions de freebox), votre communication ne passe ni par les antennes de Free, ni par le réseau d’Orange : il passe par le WiFi, ce qui ne coute rien à Free.
C’est également la raison pour laquelle les abonnés Freebox ont une remise de 4 euros sur leur forfait : tous les appels passés de chez vous passent finalement par votre box.
3 millions d’utilisateurs, pas si peu que ça
Beaucoup de personnes ont eu peur de cette limite des 3 millions : vais-je pouvoir commander ? Que se passe-t-il après ? Pourquoi cette limite ? Niel a dit qu’il souhaitait voir comment tout se passait pour les 3 premiers millions : problèmes rencontrés, validation du modèle économique, fiabilisation du service après vente…
Si 3 millions d’utilisateurs prennent un forfait à 19,99 €, cela représente 60 millions d’euros par mois. Les quelques infrastructures pour couvrir les 27 % du territoire ainsi que le contrat avec Orange seront vite remboursés.
Vente directe et boutiques
Pour le moment, Free ne fait que de la vente directe via son site web mobile.free.fr, et par 6 petites boutiques installées en province. Les coûts sont encore une fois très faibles, ce qui lui permet aussi de baisser ses prix.
La réponse des autres opérateurs
Pendant ce temps, le reste des opérateurs panique. Alors que faire ? « Comment montrer à nos clients que nous sommes toujours dignes de confiance ? »
Les différentes « sous-marques » (Sosh, B&You, Virgin mobile) des opérateurs se sont quasiment alignées. Mais pourquoi les marques elles-mêmes ne font rien ? Ont-elles honte de ces offres ? Je ne pense pas que l’on puisse prendre au sérieux les alignements des principaux opérateurs téléphoniques, simplement car ils ne souhaitent pas être considérés comme des opérateurs « Low-cost ».
De notre point de vue, nous pensons que les opérateurs devraient un peu changer leur stratégie et arrêter de faire les moutons avec quelque chose qu’ils ne peuvent suivre (toujours à cause des coûts des structures). Peut-être doivent-elles proposer plus de services et de contenus multimédias (comme SFR avec Spotify et Orange avec Deezer)? Ou proposer des solutions à la Netflix sur les box / mobiles ? Alors que les trois principaux opérateurs pensent à fermer des boutiques, on peut remarquer que Free compte en lancer davantage et que bien des marques ont compris l’avantage de celles-ci (Apple pour ne citer qu’eux).
Et vous, qu’en pensez-vous ? Quel est l’avenir des différents opérateurs ?
Morgan & Thomas
3 réponses à “Free mobile, petite analyse”
Un troisième élément justifie le prix bas de l’abonnement: la non subvention du téléphone.
A la différence des opérateurs Bouygues Telecom, Orange et SFR, Free mobile n’inclut pas le téléphone. L’utilisateur souscrivant à un abonnement téléphonique ne disposera pas d’un terminal.
Pour combler cette lacune, Iliad a signé un partenariat avec Sofinco pour permettre d’acheter un iPhone 4S à 1€ puis 29,99€ par mois pendant 24 mois. On remarque immédiatement qu’un bénéfice se fait également sur la vente de terminaux.
Alors, sur du long terme et pour une offre similaire, l’utilisateur Free mobile est gagnant dans la limite où il a la capacité financière d’amortir l’achat d’un terminal seul.
Effectivement, c’est un élément important que j’ai oublié d’indiquer ! Merci Florent.
Florent dit :Un torsiième élément justifie le prix bas de l’abonnement: la non subvention du téléphone.A la différence des opérateurs Bouygues Telecom, Orange et SFR, Free mobile n’inclut pas le téléphone. L’utilisateur souscrivant à un abonnement téléphonique ne disposera pas d’un terminal.Pour combler cette lacune, Iliad a signé un partenariat avec Sofinco pour permettre d’acheter un iPhone 4S à 1€ puis 29,99€ par mois pendant 24 mois. On remarque immédiatement qu’un bénéfice se fait également sur la vente de terminaux.Alors, sur du long terme et pour une offre similaire, l’utilisateur Free mobile est gagnant dans la limite où il a la capacité financière d’amortir l’achat d’un terminal seul.